Il pleut. Des gouttes si fines que l'on pourrait presque dire de la neige. Je regarde un type à l'air glauque qui rentre dans un bus, il a de noir autant le chapeau que le regard. Je le regard d'un air choqué, tout le monde me regarde d'un air choqué, je réfléchis. Il me rappelle Pete Doherty, ce mec. Justement, je pense qu'il y a un an, jour pour jour, on était le 14 Novembre 2006; j'allais voir les Babyshambles. Je ne sais pas quoi penser. Je n'étais vraiment qu'une gamine idiote et gatée. Et me voilà, en derbys et perfecto, je me la joue comme jamais. Je rentre dans mon bus. Je regarde par la fenêtre. Les "autres", ils ne sont pas comme moi, ils comprennent pas. Je ne prends pas souvent la peine de leur adresser la parole, c'est inutile. Je ne parle qu'aux gens que j'aime bien. Aujourd'hui est une journée comme les autres pour eux, ça m'enerve. Je ne peux même pas leur parler de musique, les seuls choses qu'ils arrivent à me sortir c'est "Pete c'est un drogué de la vie", "Pete ressemble à un hamster". Mais putain qu'est-ce qu'on en a a foutre que Pete Doherty soit moche ou gros ? Ils ne prennent pas la peine d'écouter avant de parler comme ça. Pete Doherty est peut-être une épave, mais c'est le co-fondateur de deux chefs-d'oeuvres, "Up The Bracket" et "The Libertines". Un génie comme ça se respecte... Bref, le bus démarre. J'allume mon iPod, je suis seule; dans ma tête du moins le bus est vide. J'écoute La Belle Et La Bête. Je n'ai même pas la force de pleurer. De toute façon cette musique dépasse les sentiments, pleurer ne serait pas assez fort... Alors j'écoute, sans bruit, je ne pense à rien. Puis c'est Killamangiro qui arrive. Je sens que je vais exploser. J'ai l'impression qu'elle me tire vers le bas; j'écoute tout la moindre note du moindre instrument. J'ai l'impression que toute ma vie est dans cette chanson, j'ai l'impression d'être pendue par les tripes, j'ai l'impression de mourir. Je veux mourir. Je regarde la meuf à ma droite, elle me regarde d'un sale air parce que je grimace. Je lui rend un regard noir. Connasse. Je descend de mon bus. Fuck Forever. Je chiale, je suis seule dans la campagne, je me rappelle il y a un an exactement. J'ai envie de brûler ce village de merde. Je chiale encore plus. Je rentre chez moi. Je met mon Down In Albion dans mon poste. Je pleure; mon chat rebaptisé Laviolette me lèche le visage, c'est dégueulasse mais je m'en fiche. Mon frère tape à ma porte, "Baisse le son". Je lui ouvre, le regarde. Je le pousse et je vais dans le salon. Il me dit "Tu vas manger ou pas ?". Je ne prends pas la peine de lui répondre, ça ne sert à rien de se fatiguer pour lui. Ce mec ne mérite rien de ma part. Il me frappe "Reponds". Non, je ne réponds pas. Il me frappe, je ne dis rien, il me frappe je ne dis rien, ils me frappe plus fort, je ne dis toujours rien, il me frappe de plus en plus fort et je ne parle toujours pas. Tu peux toujours te fatiguer mec, tu es ridicule. Tu es comme ces mecs de merde de mon lycée, que je passe mon temps à suivre et que je déteste tous plus les uns que les autres. Je retourne dans ma chambre, au moment de In Love With A Feeling, je m'endors. Je me réveille à Up The Morning, je pleure. Laviolette est toujours là, elle me regarde d'un air imbécile. Je réfléchis. Je repense à la gamine que j'ai été, il y a un an, une parfaite idiote. Cela ne changera jamais, je le sais bien.